Pour la première fois, une étude scientifique prouve sans conteste le rôle négatif que peut avoir le management sur la santé au travail et les maladies professionnelles.
Fin 2007, lors de la conférence sur les conditions de travail, Xavier Bertrand avait nommé deux experts pour cerner l'ensemble des risques psychosociaux liés au travail. Ceux-ci avaient préconisé de créer un indicateur global contre le stress, et une grande enquête nationale pour le mesurer. Leur rôle: «identifier les secteurs et branches où le stress est supérieur à la moyenne», afin d'y prévoir des «négociations obligatoires»pour le prévenir.
l'organisation du travail peut avoir des conséquences psychiques graves sur l'employé.
Mais d'autres y avaient déjà pensé, sans convoquer pour autant la presse en grande pompe. Ils viennent d'obtenir les premiers résultats exploitables. En effet, le département santé-travail de l'Institut de veille sanitaire (InVS) planche depuis 2006 sur une enquête épidémiologique en régions Centre, Poitou-Charentes, Pays-de-la-Loire et Rhône- Alpes.
L'lnVS vient de publier
ses résultats intermédiaires,
révélés et commentés par le
magazine Santé et Travail de janvier,
avec un verdict sans appel:
l'organisation du travail peut
avoir des conséquences psychiques
graves sur l'employé.
Entre 2006 et 2008, 120 médecins
du travail ont suivi plus de
6.000 salariés dans le cadre du
projet épidémiologique Samotrace
(Santé mentale observatoire
travail Rhône-Alpes Centre).
L'originalité de l'étude repose
sur le croisement de données
concernant les malaises et troubles
anxieux des salariés et leur
perception de leurs conditions
de travail.
S'intéressant à un
large panel de professions, le
volet «Épidémiologie en entreprise» décrit l'état de santé mentale
au travail et fait «apparaître des catégories professionnelles et des
secteurs d'activité plus à risque».
En première ligne: les femmes
La souffrance mentale au travail
concerne davantage les femmes:
37% contre 24% des hommes;
16 % des salariées consultées
souffrent des humiliations (contre
II,6 % chez les hommes), et
5% d'entre elles révèlent avoir
subi des violences physiques
(3,2% pour les hommes). Enfin,
près de 16 % des salariés de
l'échantillon interrogé «déclarent
au moins un épisode de violence ou
de discrimination au cours des
douze derniers mois».
Plus globalement,
les efforts non remarqués
et l'absence de reconnaissance
entraînent un mal-être.
Les personnes surinvesties dans
leur travail, isolées socialement
sont plus exposées aux troubles
psychiques. Les responsables de
l'enquête en déduisent l'influence
du management sur la
souffrance mentale, alors que les
employeurs préfèrent renvoyer le
problème à la sphère personnelle,
en l'attribuant à des fragilités
individuelles, sans remettre
en cause leurs organisations.
Le projet Samotrace a également permis de cibler les branches à risques mais aussi les catégories socioprofessionnelles les plus touchées
les activités financières sont sources de fortes pressions psychologiques
A savoir les employés
et les ouvriers. Pour ce qui
concerne les secteurs d'activité,
l'analyse rejoint celle commandée
par le ministère du Travail:
les activités financières sont sources
de fortes pressions psychologiques
pour les deux sexes.
Suivent, pour les femmes, les secteurs de production et distribution
d'électricité, de gaz et d'eau, l'administration publique,
l'immobilier, la location et les services
aux entreprises, les transports et communication, les
services collectifs, sociaux et personnels. Les hommes, eux, sont
plus en souffrance dans l'administration
publique, la santé, l'action
sociale et l'industrie manufacturière.
Autres données inquiétantes:
...plus particulièrement répandue dans... les activités financières...
8 % des salariés prennent des
psychotropes. Si les femmes en
abusent plus que les hommes
(12% contre 5%), la dépendance
alcoolique est un mal masculin
(9,6 %contre 2,2% chez les femmes),
plus particulièrement
répandue dans l'administration
publique, les activités financières
et la construction.
Ces résultats intermédiaires restent
bien sûr à affiner en fonction
des résultats définitifs à venir d'ici
un an. Mais, déjà, le projet Samotrace
apporte des informations
scientifiques qui pourront être utiles
lors de négociations ou utilisées
dans des actions de prévention,
notamment par les comités
d'hygiène, de sécurité et des conditions
de travail(CHSCT).
Un outil
à exploiter...




