Dimanche 08 01 2010
   
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Quand l'organisation du travail fait mal

Pour la première fois, une étude scientifique prouve sans conteste le rôle négatif que peut avoir le management sur la santé au travail et les maladies professionnelles.

Fin 2007, lors de la conférence sur les conditions de travail, Xavier Bertrand avait nommé deux experts pour cerner l'ensemble des risques psychosociaux liés au travail. Ceux-ci avaient préconisé de créer un indicateur global contre le stress, et une grande enquête nationale pour le mesurer. Leur rôle: «identifier les secteurs et branches où le stress est supérieur à la moyenne», afin d'y prévoir des «négociations obligatoires»pour le prévenir.

l'organisation du travail peut avoir des conséquences psychiques graves sur l'employé.

Mais d'autres y avaient déjà pensé, sans convoquer pour autant la presse en grande pompe. Ils viennent d'obtenir les premiers résultats exploitables. En effet, le département santé-travail de l'Institut de veille sanitaire (InVS) planche depuis 2006 sur une enquête épidémiologique en régions Centre, Poitou-Charentes, Pays-de-la-Loire et Rhône- Alpes.

L'lnVS vient de publier ses résultats intermédiaires, révélés et commentés par le magazine Santé et Travail de janvier, avec un verdict sans appel: l'organisation du travail peut avoir des conséquences psychiques graves sur l'employé.
Entre 2006 et 2008, 120 médecins du travail ont suivi plus de 6.000 salariés dans le cadre du projet épidémiologique Samotrace (Santé mentale observatoire travail Rhône-Alpes Centre).
L'originalité de l'étude repose sur le croisement de données concernant les malaises et troubles anxieux des salariés et leur perception de leurs conditions de travail.
S'intéressant à un large panel de professions, le volet «Épidémiologie en entreprise» décrit l'état de santé mentale au travail et fait «apparaître des catégories professionnelles et des secteurs d'activité plus à risque».

En première ligne: les femmes

La souffrance mentale au travail concerne davantage les femmes: 37% contre 24% des hommes; 16 % des salariées consultées souffrent des humiliations (contre II,6 % chez les hommes), et 5% d'entre elles révèlent avoir subi des violences physiques (3,2% pour les hommes). Enfin, près de 16 % des salariés de l'échantillon interrogé «déclarent au moins un épisode de violence ou de discrimination au cours des douze derniers mois».
Plus globalement, les efforts non remarqués et l'absence de reconnaissance entraînent un mal-être. Les personnes surinvesties dans leur travail, isolées socialement sont plus exposées aux troubles psychiques. Les responsables de l'enquête en déduisent l'influence du management sur la souffrance mentale, alors que les employeurs préfèrent renvoyer le problème à la sphère personnelle, en l'attribuant à des fragilités individuelles, sans remettre en cause leurs organisations.

Le projet Samotrace a également permis de cibler les branches à risques mais aussi les catégories socioprofessionnelles les plus touchées

les activités financières sont sources de fortes pressions psychologiques

A savoir les employés et les ouvriers. Pour ce qui concerne les secteurs d'activité, l'analyse rejoint celle commandée par le ministère du Travail: les activités financières sont sources de fortes pressions psychologiques pour les deux sexes.
Suivent, pour les femmes, les secteurs de production et distribution d'électricité, de gaz et d'eau, l'administration publique, l'immobilier, la location et les services aux entreprises, les transports et communication, les services collectifs, sociaux et personnels. Les hommes, eux, sont plus en souffrance dans l'administration publique, la santé, l'action sociale et l'industrie manufacturière.

Autres données inquiétantes:

...plus particulièrement répandue dans... les activités financières...

8 % des salariés prennent des psychotropes. Si les femmes en abusent plus que les hommes (12% contre 5%), la dépendance alcoolique est un mal masculin (9,6 %contre 2,2% chez les femmes), plus particulièrement répandue dans l'administration publique, les activités financières et la construction.
Ces résultats intermédiaires restent bien sûr à affiner en fonction des résultats définitifs à venir d'ici un an. Mais, déjà, le projet Samotrace apporte des informations scientifiques qui pourront être utiles lors de négociations ou utilisées dans des actions de prévention, notamment par les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail(CHSCT).
Un outil à exploiter...

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