Ajustement au net
Direction des Ressources inhumaine
- Il ne faut pas s’arrêter à ces détails, mais marcher sans se retourner sur le sort des collègues qui n’en peuvent plus, qui ne suivent plus le rythme imposé. Si cette situation ne leur convient pas, qu’ils partent ! Ils retardent le mouvement. Nous ne les retenons pas. Les plus rentables restent, c’est l’essentiel ; soyez fiers – et reconnaissants- d’en faire partie.
- Et les autres, ceux qui ont déjà craqué, ceux qui sont malades ?
- Ne vous en souciez pas, c’est à nous de le faire et nous nous en occupons activement depuis quelques années déjà : mise à mal de la convention collective, diminution des périodes de couverture maladie, instauration des jours de franchise, voilà déjà de premiers résultats concrets.
- C’est inquiétant, tout de même.
- Rassurez-vous, nos efforts ne s’arrêtent pas là, en si bon chemin. Les services juridiques fonctionnent dans le même objectif et innovent. L’une de leurs dernières trouvailles, la «garantie du net», nous remplit d’aise. C’est un modèle d’efficacité dissuasive qui nous donne l’occasion, par ailleurs, de grappiller quelques subsides qui ne devraient pas nous revenir. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières et les résultats florissants.
- Et la morale, dans tout cela ?
- La morale est quelque chose d’important et nous sommes implacables quant au respect de nos règles déontologiques par les collaborateurs. Pour autant, les objectifs de la morale ne sont pas de contrarier les intérêts de l’entreprise.
- Comment pratiquez-vous ?
- La méthode est simple. Elle suppose trois ingrédients pour que la mayonnaise prenne.
Le premier consiste à délivrer des bulletins de paie dont la lecture ne facilite pas le contrôle.
Le second repose sur une interprétation à géométrie variable de l’article 51-2 de la Convention Collective.
Enfin, le troisième conduit à faire admettre aux services «Ressources Humaines»’ des Groupes qu’ils doivent s’abstenir de répondre sans nous consulter aux agents qui les interpellent.
La démarche est plus cohérente et évite nombre de bavures.
- Il y aurait donc des loupés ? J’ai même entendu parler d’actions en justice sur l’initiative de la CGT.
- Bien entendu, il arrive que tel employé, tel gradé ou tel cadre récalcitrant essaie de faire valoir ses droits. C’est pour nous un risque calculé, car peu s’aventurent à défier leur direction, à cause des retombées.
- Pourtant il n’y a pas si longtemps, la BNP PARIBAS a été lourdement condamnée pour s’être approprié indûment des sommes destinées aux retraites de ses salariés.
Quel intérêt a-t-elle à attendre des condamnations inévitables et à payer en plus des frais de justice ?
- Décidément, mon pauvre ami, vous ne voulez rien comprendre ! Grâce aux délais, aux prescriptions et surtout au fait qu’une minorité réclame son dû, l’opération s’avère fructueuse.
- Et concernant plus spécifiquement les malades, la direction adopte-t-elle la même stratégie ?
- Naturellement, on ne change pas une méthode gagnante, qui a fait ses preuves. Nous attendons sereinement les sentences en multipliant les voies de recours, sachant que les longueurs des procédures et leur coût font reculer la plupart des mécontents.
Au surplus, nous n’hésitons pas, pour bien montrer notre détermination et marquer les esprits, à délivrer des bulletins de paie négatifs, notamment aux malades de longue durée, et nous nous servons quelquefois directement sur les comptes en banque, sans autre formalité.
- Ne craignez-vous pas que les décisions judiciaires favorables aux salariés ne donnent des idées aux autres collègues concernés, les incite à agir, à franchir le pas ?
- C’est en réalité notre seule inquiétude, que les salariés s’organisent, s’adressent à qui de droit pour intervenir collectivement. Mais restons discrets, on pourrait nous entendre.
Voici la meilleure des raisons pour ne pas nous taire et résumer en quelques lignes ce que la DRRH a fait subir à Monique H. embauchée en 1962, classée en invalidité 1ere catégorie. Placée en congé exceptionnel pour trois ans, en vertu d’une circulaire entreprise, son salaire doit être maintenu à solde entière. Six mois plus tard, suite à une régularisation, le salaire moyen passe le seuil limite fixé par la Sécurité Sociale, ce qui supprime la pension. La BNP, qui anticipe le paiement de la pension pour éviter le cumul, bien qu’informée de sa suppression, va continuer pendant de nombreux mois, à retenir ce que Monique ne perçoit plus, pour un total à l’époque de 77000F. Contactée par la CGT à plusieurs reprises, le DRRH s’abrite derrière une interprétation pour le moins fantaisiste de sa circulaire et déclare «comprendre » et «regretter» de ne pouvoir répondre aussi favorablement qu’il l’aurait souhaité. Devant ce cynisme, Monique H. n’a plus qu’une solution. L’acharnement de la BNP ne pourra venir à bout de la détermination de l’employée et de son défenseur. Monique a souhaité aider ses collègues dans la même situation, et nous a autorisé à faire état de ses démêlés avec ce qu’il convient officiellement d’appeler les «Ressources Humaines». |


