Licenciement à BPLG
Portrait ordinaire d'un licenciement peu ordinaire
Jean Luc DIDIER est sous le coup d’un licenciement pour insuffisance professionnelle (cf. A SUIVRE N° 65 – octobre 2008). La CGT mobilise les salariés de BPLG contre ce licenciement abusif et les invite à signer la pétition téléchargeable dans notre espace intranet NODUS.
Nous avons rencontré Jean Luc à plusieurs reprises au cours de ces dernières semaines. Il a accepté de nous retracer son parcours à BPLG.
Jean Luc Didier est né en mai 1955 à Nanterre. Très vite, il s’oriente vers des études de CAP d’aide comptable dans un collège professionnel mais se sent plus d’appétence pour le commercial.
A SUIVRE : Comment es-tu entré à BPLG ?
JLD : J’ai répondu à une annonce parue, je crois, dans le quotidien France Soir. J’ai été embauché le 1er janvier 1977 à l’Union Française de Banques en tant que chambrier.
A SUIVRE : Chambrier ? Qu’es aquó ?
JLD : Le chambrier, accompagné du distributeur, représentait sa banque à la chambre de compensation. Il remettait – et recevait – physiquement au cours d’une même journée les chèques (mais aussi les prélèvements, virements et emprunts) des 52 banques présentes sur la place. L’UFB avait le numéro 4. Les chèques étaient regroupés par paquets de 1000 et dispatchés par banque. La journée comprenait 3 séances d’une heure chacune. A 16 heures, le solde du compte crédit /débit de chaque banque était remis à l’inspecteur de la chambre de compensation qui centralisait et contrôlait les opérations, et validait le montant du solde qui devait être réglé (par chèque !) entre chaque banque. Tous les calculs étaient faits à la main et le temps était compté !
A SUIVRE : Tu as fait ce métier pendant combien de temps ?
JLD : Pendant 2 ans et demi. Au cours de cette période, je n’ai jamais eu à payer “l’amende de retard” ou “l’amende d’erreur de calcul” qui pouvaient être infligées par l’inspecteur ! Il faut imaginer ce que représentaient les chèques pour une banque de financement comme l’UFB à une époque où les prélèvements suscitaient une certaine méfiance de la part des artisans, commerçants, de certaines PME…
A SUIVRE : Ensuite, qu’as-tu fait ?
JLD : J’ai souhaité mieux connaître de l’intérieur la banque que je représentais à l’extérieur. Un poste de caissier m’a été proposé que j’ai accepté aussitôt. J’ai exercé ce métier pendant plus de 6 ans. Ca a été une de mes meilleures périodes de ma vie professionnelle. Le service caisse était implanté dans chaque immeuble des filiales de la Compagnie Bancaire dont l’UFB Locabail, seule filiale à avoir le statut banque, faisait partie. Tout collaborateur du Groupe pouvait disposer d’un compte rémunéré à l’UFB. Outre les espèces, chéquiers, remises de chèques, virements et prélèvements, le service caisse distribuait les cartes de cantine selon un tarif dégressif cadre -gradé - employé. J’aimais beaucoup ce contact avec mes clients - collègues que je finissais par connaître individuellement. Cette expérience m’a permis de vaincre une certaine timidité naturelle.
A SUIVRE : Que s’est-il passé ensuite ?
JLD : J’ai rejoint les services “réalisation” de l’UFB Locabail afin de mieux connaître son activité de banque de financement moyen terme d’actifs aux entreprises et professionnels. Les services “réalisation” correspondaient aux back offices d’aujourd’hui, dans la partie mise en loyer des contrats. A l’époque, on parlait “d’utilisation” du prêt, la “date du U” équivalant à la date de MEL. J’ai ainsi successivement travaillé aux services réalisation Manutention de Véhicules, Travaux Publics, Véhicules Industriels, Industrie, Informatique & Bureautique. Certains de mes responsables de l’époque sont encore présents à BPLG aujourd’hui. Plus de 10 ans se sont écoulés ainsi, qui m’ont permis d’établir des relations durables auprès du réseau d’agences de la banque avec lequel j’entretiens toujours des liens d’amitié.
A SUIVRE : Au terme de cette période très riche, on te propose de rejoindre le service comptabilité.
JLD : En effet. J’ai été muté au service Imputations de la Comptabilité. Je crois que j’avais fait alors le tour des “réalisations” et j’aspirais à revenir sur mes bases comptables. Au service flux de trésorerie, je m’occupais plus particulièrement des paiements par chèques des échéances des contrats clients. Un travail qui me rappelait mes jeunes années de chambrier pour le compte de l’UFB…
A SUIVRE : Cette spécialisation te réussit puisque tu continues sur ces bases au sein de l’activité affacturage, bientôt cédée par l’ex UFB Locabail à BNP Factor où tu resteras 4 ans.
JLD : Oui, mais auparavant je fais un détour de deux années au service Juridique installé à Nanterre (l’ex UFB Locabail était toujours implanté à Paris, quai de Grenelle, à l’époque), où je m’occupe des mains levées de garantie. Il est clair que mon parcours professionnel s’oriente résolument vers les opérations d’après vente, tant au plan comptable que gestion. J’aime cet éventail de tâches qui me fait garder le contact avec les clients et les agences du réseau. Après tout, l’Après Vente et le Commerce sont très intimement liés, l’un et l’autre étant très souvent les deux points d’entrée exclusifs du client dans la banque.
A SUIVRE : Après un court épisode de retour au back-office, tu rejoins la Direction Marketing de BPLG pour t’occuper de la gestion des adhésions assurances collectives. Nous sommes alors à la fin de l’année 2004.
JLD : En décembre très exactement. C’est un nouveau domaine de spécialisation qui s’ouvre à moi : le métier Assurances. Au sein de la direction Marketing était transférée l’activité encaissement-reversement des primes d’assurance et la gestion des adhésions. Sous la responsabilité d’Yvan Clairet, une petite équipe composée de Catherine Boissey, moi-même et Lisa Guillemot, une jeune en alternance, reprenions cette gestion auparavant assumée par nos collègues de Marseille.
Notre petite équipe participait avec enthousiasme aux réflexions et évolutions sur les produits d’assurance dont la contribution aux résultats de BPLG s’avérait de plus en plus significative.
A SUIVRE : En octobre 2006, c’est la création du SALC Assurances à Puteaux auquel tu te vois rattaché…
JLD : “Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance”. Je pourrai reprendre cette phrase à mon compte.
Dès cette époque, je demande mon changement de poste car j’avais les pires craintes sur mon avenir au sein de ce nouveau département. Néanmoins on me fait comprendre que mon expertise est indispensable à la bonne marche du service… Je prends mon mal en patience.
En mai-juin 2007, une nouvelle tâche nous est assignée : le SVP Assurances. Sans formation particulière autre que les plaquettes produits, mes collègues et moi sommes amenés à répondre aux demandes des commerciaux et clients sur les produits assurances.
Dans le même temps, il fallait continuer à gérer les adhésions en une période de fort développement des ventes Post MEL !
"...on me fait comprendre que mon expertise est indispensable à la bonne marche du service… Je prends mon mal en patience..."
A SUIVRE :
Que s’est-il passé ensuite ?
JLD : La descente aux enfers se poursuit. En septembre 2007, une nouvelle tâche m’est assignée, en plus des autres bien évidemment : l’ouverture des dossiers sinistres matériels. Deux jours de formation “sur le tas” aux côtés d’un collègue et très vite un objectif à atteindre : 7 ouvertures par jour sachant qu’une ouverture sinistre (assuré groupe ou non) prend en moyenne 1 heure ! Une deuxième formation “sur le tas” m’est proposée par la suite mais rien n’y fait : je n’arrive pas à dépasser les 5 ouvertures par jour.
Une pression s’exerce de façon continue sur moi à partir de cette période malgré mes souhaits renouvelés de changement de poste…
A SUIVRE : Comment expliques-tu cela ?
JLD : Certains gestionnaires arrivent à faire 10 ouvertures par jour. Pourquoi pas moi ? J’ai beaucoup réfléchi à cette question. Je crois que cela tient à mon parcours. Je suis peu familiarisé avec les outils informatiques pour la gestion des dossiers. Les applications que j’utilisais jusqu’à présent étaient des outils comptables. J’ai découvert SIELE très tardivement et toujours en n’utilisant que certains sous menus. Contrairement à mes collègues, je n’ai pas la vision d’ensemble. Par ailleurs, je suis sans doute trop méticuleux. Je n’ai pas le bon rythme de la gestion après vente et je perds beaucoup de temps dans l’arborescence complexe de SIELE.
"...on m’informe que je suis à l’essai pendant 3 mois !"
A SUIVRE : Cela ne justifie pas les sanctions dont tu es victime dès le début de l’année 2008.
JLD : Je ne compte pourtant pas mon temps pour essayer de m’en sortir !
Au début de l’année 2008, on me remet une lettre en main propre contre signature d’un reçu : on m’informe que je suis à l’essai pendant 3 mois !
Mission : les ouvertures sinistres exclusivement, sans aucune autre tâche, ce précisément pour quoi j’ai le plus de difficulté ! Allez comprendre.
A force, je finis par acquérir certains automatismes mais je suis toujours loin d’abattre mes 7 ouvertures par jour. Entre temps, la méthode ACE est passée dans le service et les objectifs quantitatifs de gestion sont gravés dans le marbre. Au terme de cette période, à nouveau une lettre, que je refuse cette fois de récupérer contre signature. Adressée en Recommandé & A.R à mon domicile, on y prolonge ma période d’essai d’un mois !
A SUIVRE : A aucun moment ton changement de poste n’est envisagé ?
JLD : Non jamais ! Deux collègues sont en arrêt maladie longue durée au sein du service, l’ambiance se dégrade. Les intérimaires voient leur mission prolongée.
En juin 2008, c’est la rupture : face à l’impossibilité de remplir les objectifs chiffrés, on me réaffecte sur un poste complet avec la totalité de mes précédentes missions (gestion des adhésions, SVP Assurances, etc.…). A mon retour de vacances, en septembre, m’attend la lettre de convocation à un entretien préalable en vue d’un licenciement pour insuffisance professionnelle…
A SUIVRE : Quelle est ta réaction ?
JLD : C’est le coup de massue. Je suis complètement abasourdi. On me licencie, sans autre forme de procès, sans avertissement préalable, sans prise en compte de mes demandes réitérées de changement de poste !
Comment ne pas évoquer de l’acharnement à mon égard ? Je tombe de haut.
L’entretien avec la DRRH se passe très mal : aucune écoute, aucune prise en compte de mes remarques, aucune considération pour mes 31 années de service à BPLG. J’étais présumé responsable et coupable.
Au sortir de l’entretien, j’ai le sentiment que tout est plié d’avance. La lettre de licenciement confirmera mes présomptions : le 16 novembre prochain je devrai quitter l’entreprise.
"Noël approche et je me retrouve à la rue à 53 ans"
A SUIVRE : Quelle suite vois-tu à tout cela ?
JLD : Au plan personnel, les prochains mois vont être très durs. Noël approche et je me retrouve à la rue à 53 ans. Je vais tenter de rebondir professionnellement. J’espérais pouvoir bénéficier des mesures de la GPEC afin de me permettre de quitter l’entreprise dans de meilleures conditions matérielles et psychologiques. Refus de la DRRH !
Je reçois beaucoup de messages de soutien de mes collègues, ici à Puteaux mais aussi du réseau où j’ai encore de nombreux contacts. Cela m’aide à garder confiance en moi.
Au plan juridique, je vais continuer à me battre. Je pense que mon histoire est d’une certaine manière exemplaire, exemplaire d’une gestion inhumaine des ressources humaines.
Je ne suis pas assez calé pour argumenter juridiquement mais les contacts que j’ai eus ici ou là me confortent dans l’idée que l’entreprise n’a pas mis tout en œuvre pour trouver une solution à mes difficultés professionnelles.
A SUIVRE : En guise de conclusion ?
JLD : En guise de conclusion je veux remercier tous ceux qui se mobilisent autour de moi. Mon départ de l’entreprise ne met pas une fin à mon histoire, juste à l’épisode BPLG. Un épisode qui représente plus de 30 années de ma vie et que j’aurai voulu conclure dignement.
C’est peut être ce qui me fait le plus mal aujourd’hui : cette ombre que je laisse derrière moi … sur toute ma carrière…
Notre sentiment est que rare est le réflexe de s'adresser à un syndicat afin d'avoir l'appui nécessaire, quand les problèmes relèvent de ses compétences.
Jean Luc DIDIER l'a fait, mais trop tard ! Il aurait fallu trouver d'autres solutions avant qu'il ne reçoive sa lettre de licenciement !
Néanmoins nous n'abandonnerons pas Jean Luc, nous l'aiderons dans ses démarches futures afin que soit reconnu son bon droit : constitution avec lui de son dossier en cas de décision de recours au Conseil des Prud'hommes.
Grâce à sa syndicalisation il bénéficiera d'un accompagnement des services juridiques de l'Union Départementale de la CGT de Nanterre et de l'octroi d'un avocat pour se défendre.
LE 3 DECEMBRE 2008 :
élections aux Conseils de Prud'hommes
Le Conseil des Prud'hommes est une juridiction spécialisée en matière de droit du travail. Elle est chargée de concilier ou de juger les litiges individuels de droit privé, lié au contrat de travail, entre employeurs et salariés. C'est un tribunal paritaire composé de juges non professionnels, élus tous les 5 ans pour moitié par les employeurs et pour moitié par les salariés.
Quelque 200.000 affaires sont traitées chaque année par les Conseils des Prud'hommes, dont 44000 jugements en référé. La plupart des recours concernent la contestation des motifs de licenciements invoqués par l'employeur (raison économique, ou, le plus souvent, faute, insuffisance professionnelle, incompatibilité, etc.) ou des problèmes de rémunération, primes et congés payés (rappel de salaire, paiement d'heures supplémentaires, calcul des congés payés, etc.). Les Conseils des Prud'hommes sont compétents pour trancher les litiges relatifs aux sanctions disciplinaires, à l'égalité professionnelle, à la requalification du contrat (CDD EN CDI) ou à la démission, ainsi que pour ordonner la réintégration d'un salarié dont le licenciement est illicite ou nul.
L'exercice du mandat de conseiller prud'homal est exigeant. Il demande une solide formation, ainsi qu'une mise à jour régulière des connaissances. Pour les conseillers CGT cette formation est assurée.
Alors le 3 décembre, votez massivement pour la CGT !
Rejoindre la Cgt

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